Les Forges : lumières et couleurs



Le quartier des Forges tire son nom des nombreuses forges installées dans la vallée des Eplatures où on fabriquait toutes sortes d’outils, principalement pour l’agriculture.
Durant les trente années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, La Chaux-de-Fonds connaît une des périodes les plus prospères de son histoire. Sa population atteint son maximum absolu en 1967 avec 43036 habitants.
Pour répondre à cet accroissement de la population, il a fallu construire, et vite, sans trop réfléchir aux aménagements extérieurs, les routes sont d’abord construites pour amener les grues, et pas tant pour que les gens circulent aisément dans le quartier. Dans les vides entre ces routes, on met les bâtiments, il n’y a pas de cohérence générale, pour passer d’un immeuble à l’autre il faut souvent faire des détours ou passer à travers champs.
L’augmentation du parc automobile n‘a pas été anticipée et on remarque dans ce quartier une quantité de garages individuels construits un peu partout.
Ce plan un peu anarchique marque une rupture avec le centre urbain, abandon du plan en damier, et de la structure « rue-bâtiment-jardin ».
Le quartier des Forges représente aussi le premier quartier de la modernité. Des logements plus luxueux (salles de bains, WC intérieurs, chauffage central, cuisines équipées, buanderie avec machine à laver) sont accessibles aux familles populaires.
Cet accès à la modernité a un prix et le quartier des Forges recevra durant une longue période le nom de « quartier cervelas », signifiant par là que les personnes y résidant devaient se nourrir de cervelas pour pouvoir payer le loyer de leur appartement.
Parcours :
Du lycée Blaise-Cendrars, on découvre l’implantation du quartier, entre l’usine électrique et l’aéroport, le long de la vallée des Eplatures.
Puis on descend, une pensée pour les immeubles du Bois-Noir et ses locataires, obligés de quitter leurs appartements si mal entretenus qu’ils en devenaient dangereux. On s’arrête devant un bâtiment emblématique du quartier, le Building 54, le plus grand immeuble locatif de Suisse lors de sa construction en 1954. Au carrefour, le café du Cortina est fermé, il reste quand même un petit kiosque.Un peu plus loin, c’est le quartier des collèges, toute une ribambelle de bâtiments qui se sont succédés pour accueillir les élèves primaires et secondaires du lieu.
On s’arrête sous la cloche de l’église des Forges, dernier témoignage de celle-ci, démolie en 2016. Quelques statues ponctuent le chemin, on fait une dernière halte devant l’immeuble Numaga, du bleu, du rouge et du jaune qui claquent contre les façades.
Textes :
Gil Baillod, Laurence Boegli, Blaise Cendrars, Le Corbusier, Yves Velan, Jean-Bernard Vuillème
Comédiennes :
Elise Perrin, Stella Giuliani
Lire un petit bout:
Toute intrusion dans un immeuble que l’on n’habite pas et où l’on ne connait personne paraît suspecte. Après une poignée de secondes d’attente, il s’est lancé dans l’escalier, a franchi une rampe et s’est trouvé devant la porte du rez-de-chaussée surélevé où il avait habité quarante ans plus tôt. C’était son premier appartement, rien de folichon songeait-il aujourd’hui, trois pièces du genre HLM aux murs de papier, mais il y était entré à vingt ans comme dans un palace, laissant avec soulagement derrière lui le minuscule deux-pièces partagé pendant une dizaine d’années avec Maman et Otto.
Jean-Bernard Vuillème, Sur ses pas, 2015, Editions Zoé
Cette balade a eu lieu le samedi 10 mai 2025. Nous remercions chaleureusement Laurence Boegli et Jean-Bernard Vuillème pour la mise à disposition de leurs écrits, Frédérique Steiger, Denis Clerc, Pascal Delorenzi et Raymond Roux pour leurs renseignements sur le quartier, les lycéennes et lycéens pour leurs recherches sur les Forges.
























