Les lieux d’Anne-Lise Grobéty



«Bon, je suis née à La Chaux-de-Fonds. Ce sont des choses qui arrivent. Heureusement.»
Cette phrase est signée de l’écrivaine Anne-Lise Grobéty, décédée en 2010.
Avec elle et dans ses mots, on découvre ses lieux de vie, des lieux dont elle s’est servie, qui ont nourri son œuvre.
La balade commence vers le collège des Crêtets, dans lequel son père était concierge, passe par la Gare, porte ouverte sur d’autres horizons. Ensuite on file chez Riedus, café aujourd’hui disparu dans lequel on refaisait le monde, Anne-Lise y a sûrement défendu ses positions féministes.
On finit au Petit Paris, avec ses colonnades, ses faux marbres et ses boiseries néogothiques, un des plus anciens bistrots de la ville, qui lui, existe toujours. Non sans avoir fait halte dans la fascinante salle Charles-Humbert à la Bibliothèque…
Parcours :
Du collège des Crêtets au Café de Paris en passant par le kiosque à musique du parc des Crêtets et la salle Charles-Humbert.
Textes:
Extraits de l’œuvre d’ Anne-Lise Grobéty
Lectrice, lecteur:
Christiane Margraitner, Thomas Steiger
Lire un petit bout…
Peu de lieux nous surprennent vraiment. Celui-ci me prit totalement par surprise. Peut-être bien par ses dimensions déjà : le bureau du directeur me semblait inaccessible tant la pièce était vaste avec ses trois grandes fenêtres au sud, bourrées du kapok gris du ciel, et la lumière faisait ce qu’elle pouvait pour ne pas renoncer contre ces murs sombres où je sentis tout de suite flotter des ombres étranges, des formes aux aguets…
Je ne savais pas qu’ils étaient là. Il devait être près de onze heures et la ville était prise au collet par un gros orage qui ne tarderait plus à serrer de plus près.
Et tandis que je marchais vers lui venant du secrétariat, il alluma les lampes du plafond toutes ensemble,
alors la pièce me décrocha au visage
– en même temps qu’un coup de tonnerre déchirait les tympans des nuages dehors –
une foule,
une foule incroyable autour de moi!
Tous ces visages et ces corps
devant à ma gauche et derrière moi,
tout un peuple serré contre les parois, en attente de quoi?
immobiles à souhait, les yeux ouverts sur quelle portion lointaine de temps?Anne-Lise Grobéty, Infiniment plus, 1989 (ponctuation d’origine)
Balade réalisée le 23 mars 2013, reprise le 25 octobre 2014
