Meilleures pensées des Abattoirs



Jean-Bernard Vuillème a grandi à La Chaux-de-Fonds, dans le quartier des anciens Abattoirs inaugurés en 1906, désaffectés dans les années 2000.
Son livre Meilleures pensées des Abattoirs fait revivre leur activité vue par quelques protagonistes : constructeur, boucher, troufion, édile. Ce récit polyphonique, à la fois fantasmatique et d’une précision clinique, met en scène le travail des hommes et la mort des animaux dans cet édifice consacré au peuple carnivore.
Aujourd’hui désaffectés, ces lieux abritent d’autres activités : centre d’art contemporain, micro-brasserie, entrepôts, skate-park…
Les anciens Abattoirs, classés monument historique, vont prochainement étoffer leur richesse patrimoniale. Divers travaux de rénovation touchant sa consommation énergétique seront engagés pour en préserver le patrimoine architectural et améliorer sa capacité culturelle.
Lieu :
Autour et dans les anciens Abattoirs
Texte :
Jean-Bernard Vuillème
Lectrices, lecteurs :
Nadège Guenot, Isabelle Meyer, Didier Chiffelle, Raymond Pouchon
Lire un petit bout…
J’ai marché sur un oeil de vache. Je m’en rappelle fort bien comme si c’était hier. Un tel faux pas vous laisse une impression indélébile. Aujourd’hui encore, il m’arrive d’examiner d’un regard suspicieux les trottoirs près des boucheries. Je devais avoir dix ou onze ans et je déambulais avec l’ami Carlo dans les Abattoirs. Nous nous y étions glissés sans rien demander à personne. Je ne garde que des images assez floues de cette visite, c’est à peine si je me souviens des types portant de grands tabliers de caoutchouc et de cuir rouges de sang tellement affairés à scier des carcasses qu’ils ne nous voyaient pas et encore des effluves qui se dégageaient des boyaux que d’autres ouvraient avec leurs couteaux avant de les nettoyer à grand jet. Et ce n’était rien encore, cette odeur-là, ça oui, je m’en rappelle, car dans la zone d’équarrissage où flotte un parfum de cadavre, âcre et pestilentiel, semblant venir du coeur du monde et l’envahir tout entier, la mort sent si fort qu’elle donne brièvement envie de ne jamais être né.
Jean-Bernard Vuillème, Meilleures pensées des Abattoirs, 2014
Balade réalisée le samedi 14 novembre 2015, en collaboration avec le centre d’art contemporain Quartier général (QG)
